11 août 2008

La ballade

Origines.


    - Le mot ballade vient de l'ancien provençal ballada, qui signifie "danse": la ballade était à l'origine, aux alentours de 1250, une chanson de danse; elle était inséparable de la musique. Longtemps polymorphe, elle s'est constituée dans une forme fixe pour la première fois avec Guillaume de Machaut au XIVe siècle: celui-ci a créé la ballade dite "primitive" avec trois strophes qui reprennent la structure métrique du huitain ABABBCCB utilisé à l'époque; le dernier vers était répété pour faire le refrain. La ballade est devenue un genre défini, avec une forme fixe, quand elle a cessé d'être chantée, pour être dite.

    - la ballade apparaît vers le XVI° siècle. Très en faveur au siècle suivant, abandonnée de la Pléiade et des poètes du XVII° et du xviii) siècle, sauf Voiture, Sarrazin, La Fontaine, Mme Deshoulières et J.B. Rousseau, elle a de nouveau été cultivée au XIX° siècle.

    Elle comprend régulièrement trois couplets et un envoi, composés sur les mêmes rimes. Le plus souvent elle est écrite en vers de huit ou de dix syllabes, et les couplets comprennent autant de vers que les vers ont de syllabes; l'envoi reproduit la forme de la seconde moitié d'un couplet.

    Il en est d'irrégulières. C'est encore un poème à refrain, car le dernier vers du premier couplet revient comme dernier vers des deux autres et de l'envoi. Ce poème a suffisamment d'ampleur et de liberté pour que la poésie y puisse aisément trouver place, comme dans la célèbre Ballade des pendus de Villon:

        Frères humains, qui après nous vivez,
        N'ayez les cuers contre nous endurcis,
        Car si pitié de nous povres avez
        Dieu en aura de vous plus tost merci;
        Vous nous voyez cy attachez, cinq, six;
        Quant de la chair, que trop avons nourrie,
        Elle est pièça dévorée et pourrie,
        Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.
        De nostre mal personne ne s'en rie,
        Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre.

        Se vous clamons frères, pas n'en devez
        Avoir desdaing, quoyque fusmes occis
        Par justice. Toutesfois, vous sçavez
        Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
        Excusez-nous, puisque sommes transis,
        Envers le Fils de la Vierge Marie.
        Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
        Nous préservant de l'infernale fouldre;
        Nous sommes mors, âme ne nous harie,
        Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre.

        La pluye nous a débüez et lavez.
        Et le soleil desséchiez et noircis.
        Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,
        Et arraché la barbe et les sourciz,
        Jamais nul temps nous ne sommes assis;
        Puis çà, puis là, comme le vent varie,
        A son plaisir sans cesser nous charie,
        Plus becquetez d'oyseaulx que dez à couldre
        Ne soiez donc de nostre confrairie,
        Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre,

        Prince Jhesus, qui sur tous a maistrie,
        Garde qu'Enfer n'ayt de nous seigneurie,
        A luy n'ayons que faire ne que souldre;
        Hommes, icy n'a point de mocquerie;
        Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre.

Auteurs et oeuvres.


    Guillaume de Machaut (v.1300-v.1377).
    Jean Froissart (v.1337-v.1400).
    Eustache Deschamps (v.1346-v.1406).
    Christine de Pisan (v.1363-v.1430), Cent ballades.
    Charles d'Orléans (1391-1465), Ballades et rondeaux.
    François Villon (v.1431-v.1463), Testament.
    Pierre Gringore (v.1475-v.1538).
    Clément Marot (1496-1544), l'Adolescence clémentine.
    Théodore de Banville (1823-1891), Trente-six ballades joyeuses.
    Alphonse Piché (1917-, Québécois), Ballades de la petite extrace.

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